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Candide-Yves Laplace, d'après Voltaire
2009 -DVD-RIP
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«Me voici, Candide.» Fait-on parler Candide sur un plateau, aussitôt surgissent avec lui le sang, la chair, l’os du
théâtre. C’est-à-dire le comique, le tragique, le politique et l’épique,
soudain incarnés. Candide sur les planches traverse un théâtre qui est à
la fois celui de la vie et celui de la guerre, celles d’hier et celles
d’aujourd’hui. Il n’est plus l’ectoplasme du conte, mais cet homme que
voici, entraînant dans son sillage, d’une galère à l’autre, un précipité
d’humanité cabossée. Pour cultiver quel jardin, à la fin, vers la mer
de Marmara?
Candide, héros amoureux, sans tache et sans reproche, se voit un jour brutalement expulsé d’un paradis d’opérette à grands coups de pied dans
le derrière. Jeté, sans arrêt ni répit, dans un monde noir et dévasté,
passant de malheurs en désastres et de catastrophes en calamités,
Candide ne proteste pas, s’étonne à peine et accepte sans broncher les
discours irréels de son maître Pangloss. Voltaire, on le sait, bataille
avec Leibniz, Pope ou Wolff et vilipende les fanatiques de la Providence
qui pensent que, Dieu étant parfait, tout est pour le mieux dans le
meilleur des mondes. Mais cette querelle philosophique, aujourd’hui
datée et peu argumentée – on le lui a assez reproché – est, au fond,
très secondaire.
L’optimisme qui occupe ici Voltaire, qui l’occupe tout entier, qui
l’obsède même, n’est pas un corps d’idées à critiquer, une philosophie à
combattre, une idéologie à détruire.
C’est une pathologie : « la rage de soutenir que tout est bien quand on
est mal ». Et la rage, comme chacun sait, est contagieuse. Voltaire est à
vif, excédé, exaspéré par les ensorceleurs du cortex et les susurreurs
du dormez-braves-gens-ça-va-s’arranger. Il n’argumente pas, et alors ?
L’aveuglement – cette disposition volontaire de l’esprit à ne pas voir
ce qui s’offre au regard – ne se soumet pas facilement à la raison. Ou
si lentement.
Et Voltaire est un homme pressé. Pour que cesse l’écoeurante berceuse
des marchands de sommeil politique, il faut se battre. Voltaire enrage
et se bat : il montre, exhibe, insiste, frappe, destitue, raille,
bouscule, culbute, renverse, détruit. Et, pour faire bonne mesure, il
danse sur les restes du carnage. C’est à ce prix qu’il trouve la cadence
effrénée de cet incroyable inventaire du malheur. C’est par là qu’il
nous fait rire et provoque la fureur des censeurs de tout acabit. Avec
lui, l’optimisme change de nature : ce n’est plus l’approbation béate de
toute réalité, mais l’exercice farouche, obstiné de la lucidité.
Hervé Loichemol


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