La course à pied, pourquoi courir ?
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Aujourd'hui, la pratique du running explose sous toutes ses formes. Qu'il est loin le temps où le jogger, par ses déambulations solitaires, étaient considéré comme un fou ! Mais quelles sont les raisons, les motivations secrètes, inconscientes, qui poussent toujours plus d’adeptes à la course ? Quelle est donc cette drogue qui met sous son emprise tant de runners et les pousse à fouler le bitume et les sentiers forestiers dans une fiévreuse addiction ?
La course à pied est le moteur d’une obnubilation jamais assouvie. Si certains espèrent simplement garder la ligne et rester en forme, d'autres, plus exigeants, plus ambitieux, ne s'épanouissent qu’à travers la compétition et des entraînements intensifs. Le dépassement de soi, source de joie intérieure, est une excellente motivation et nous apporte une assurance, une force, une sérénité dans la vie. Elle fait naître en nous une volonté insoupçonnable, nous amenant à réaliser des défis toujours plus grands. Comme l'écrit Marion Roman dans un livre où les ressorts psychologiques et métaphysiques du coureur sont mis à nu : « On court pour développer sa combativité, sa confiance en soi, sa volonté, sa concentration. Pour devenir meilleur. » ¹
Courir peut prendre la saveur d’une quête spirituelle, d’un pèlerinage. Une façon de s’ouvrir aux autres, d’être en osmose avec la Nature, de se fondre en elle pour mieux en apprécier les secrets. La course est vécue comme un accomplissement dans son acception la plus noble. Mais de façon plus prosaïque, elle nous incite à être à l'écoute de notre corps et nous donne la possibilité de découvrir mille sensations. Courir pour s'enivrer. Courir pour mieux s'oublier.
Dans un livre ² où transpire une sensualité de l’effort, Nathalie Goose, professeure d’éducation physique et traileuse passionnée, nous emmène sur ses sentiers intérieurs, ceux à travers lesquels la passion du running prend tout son sens. Expérience intime et personnelle qui donne toute sa valeur à l’acte de courir et lui confère ses pouvoirs gratifiants. Courir n’équivaut pas seulement à être en mouvement, à reproduire une simple et belle mécanique du corps. Courir, c'est exister. Je cours, donc je vis. Adage intemporel qui nourrit le sentiment que l'acte de courir nous rends furieusement vivants.
Personnellement, m'interroger sur les raisons pour lesquelles je cours m‘oblige à faire un voyage dans le passé, quand, pour la première fois, je me suis découvert des qualités pour l’endurance à l'école primaire. C’est de là que tout a commencé. Moi qui ai toujours été un élève médiocre et sans talents particuliers, je me trouvais, grâce à la course, soudain projeté sous les feux de la rampe, posté sur les devants de la scène, comme le premier de la classe. J’en étais à la fois étonné et fier. Oh, je n'étais certes pas LA pépite que les recruteurs cherchaient à s’arracher et mon niveau n’atteignait pas des hauteurs stratosphériques, mais le cross et la compétition interclasse me permettaient d’exprimer un potentiel prometteur et de briller sportivement. Le bruit des pointes sur le macadam résonne encore à mes oreilles…
Me revient en mémoire une course mémorable. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais encore au lycée et le prof de sport nous avait imposé une première course pour la saison, histoire de voir ce qu’on avait dans le ventre et jauger notre niveau. C'était un 1000 mètres. Et cette course était l’occasion pour moi de m'affirmer pleinement. J’ai donc abordé le premier tour de piste, pied au plancher. Une fusée. Enfin, rien d’anormal pour moi. Le 1000 mètres est un long sprint, et j’ai toujours pris l’habitude de démarrer à bloc. Mes camarades ne s’attendaient pas à ce qu’un pékin dans mon style se paye le luxe d’un démarrage en trombe. C’est qui le rigolo qui se la joue Carl Lewis ? Attendez un peu, il va exploser en plein vol. J'entendais une salve de sarcasmes me cingler les oreilles. La chasse au lièvre est officiellement ouverte. Dixit le chef des poursuivants. L’effet de surprise aidant, j’ai filé les deux tours à toute berzingue. Hélas, bien trop vite. Je subis le contrecoup de mon départ tonitruant comme une massue. Mes jambes se firent soudain atrocement lourdes et la piste se métamorphosa en sables mouvants. Chaque foulée me tirait un peu plus vers les entrailles de la terre ! Ce fut un effroyable calvaire. Une torture. Le pire tour de piste de toute ma vie ! J'avais présumé de mes forces en partant comme un bolide, et maintenant, le souffle court, tétanisé par la douleur et mes jambes de fer, je luttais, au bord de la rupture, pour ne pas sombrer, pour ne pas m'écrouler. Je luttais comme un forcené pour boucler ce tour qui n'en finissait plus, et quand ce fut enfin fait, j'avais, je crois, sauvé l'essentiel : j'étais toujours seul en tête !
Après ce coup de massue monumental, je réussis à puiser un peu d'énergie pour me relancer. Peu à peu, j'ai senti que le plus dur était passé et que j’avais tenu bon mentalement. L’avant-dernier tour fut une résurrection. Profitant d’un second souffle, je me suis repris en main en accélérant progressivement. Un miracle. Encouragé par mon prof de sport qui avait résolument pris mon parti et qui, chrono en main, hurlait mon nom comme un damné, je suis revenu à la vie. Sans doute, sentait-il que la meute était pratiquement prête à fondre sur moi pour envoyer aux oubliettes mon escapade solitaire. Le courageux bougre que j'étais allait-il se faire croquer tout cru sur le fil, juste avant la ligne d’arrivée ? Combien de courses se sont ainsi perdues dans la désillusion ? Je me foutais royalement de ce qui se tramait derrière moi. Inutile de se retourner pour évaluer d'un coup d'œil la distance qui me séparait des poursuivants. Mais je sentais malgré tout derrière mon dos, comme le souffle d'une armée de guerriers prêts à arracher mon scalp et à ramener cet excentrique plein de morgue, d’orgueil et de culot à sa juste place.
Je n’oublierai jamais ce dernier tour. Je l’ai couru avec les tripes. Broyé par l’effort, j’ai continué à mettre un pied devant l’autre comme si toute ma vie en dépendait. Ma seule obsession : ré-sis-ter. Ne pas flancher. Continuer inlassablement à engranger les mètres. Ne pas me retourner. J’entendais les encouragements de mon prof qui me parvenaient comme une bouffée d'oxygène. Je tenais bon. Personne n'avait réussi à filer mon train jusqu’à maintenant. J'avais fait cette course seul comme un fou furieux et je voyais, enfin, se profiler la dernière ligne droite. Le bout du tunnel. Le sésame ! Une dernière accélération, et, à bout de forces, je franchis, victorieux, cette ligne d'arrivée tant désirée. Je me suis aussitôt écroulé. Allongé par terre à demi conscient sur la piste, j’ai pu voir, quelques secondes après, mes assaillants la franchir à leur tour. J'étais fier, j’avais réussi mon pari : le lièvre avait terrassé une palanquée de chasseurs qui voulaient sa peau !
Curieusement, après ce fait d'armes encourageant, je n'ai jamais senti le besoin de m'affilier à un club d'athlétisme, préférant alors m'éclater à la baballe sur un terrain de foot plutôt que de subir d'austères séances d'endurance sur une piste…
Au fond, les raisons qui me poussent aujourd'hui à courir ne s'enracinent pas seulement dans le besoin viscéral de dépasser mes limites, d'aller au-delà de ce que je suis capable de faire. Je crois qu'elles puisent leurs racines dans mon enfance. Je cours, non seulement pour ce sentiment de liberté qui accompagne chacun de mes entraînements, mais parce que j'éprouve le besoin de retrouver et de réveiller certaines sensations, de renouer avec mon enfance où, pour la première fois, je me suis révélé à travers la course. Pour moi, c'est un juste retour aux sources. Mais entre le footing du dimanche et les mythiques séances d'interval training de 100 x 400 m de Zatopek, l’éventail est plutôt large pour envisager et pratiquer la course à pied ! L'essentiel est de trouver sa place.
À la question de savoir pourquoi nous courons, l'athlète américain Jeff Galloway apporte peut-être la meilleure des réponses dans son livre Jogging et course de fond. ³ Il donne l'exemple de son papa qui, lorsqu'il s'est mis pour la première fois à la course à pied, à 52 ans, fut incapable de courir plus de 100 mètres. Pesant près de 100 kg, cet ancien joueur de football américain fut surpris de constater que trente années d’inactivité l’avaient rendu inapte à l’endurance. Mais en alternant la marche et la course, il parvient à rallonger peu à peu les distances et à courir de plus en plus longtemps. 2 km, puis 5, puis 10 km. À force de patience, de persévérance, de discipline et d'abnégation, il réussit à améliorer prodigieusement son endurance. Au point de courir, pour son 59ème anniversaire, le « Callaway Gardens Marathon » en 2 h 59 min ! Sacrée performance ! Voilà, peut-être, la meilleure des réponses. Elle illustre, de la façon la plus personnelle et intuitive qui soit, ce que la course représente avant tout : une victoire sur nous-mêmes !
Le documentaire la course à pied, pourquoi courir ? réalisé par Jean-Baptiste Martin et écrit par Marie Mitterrand est une bonne mise en bouche pour qui veut découvrir la course à pied, ses méthodes d'entraînement, son jargon technique... Une bonne initiation pas du tout rébarbative.
Kermite.
1. Marion Roman : Aimer courir : une passion à partager Édition Maxima,2012, p. 121.
2. Nathalie Goosse : Courir, les sentiers intérieurs. Éditions l’Harmattan, 2017, p. 133.
3. Jeff Galloway : Jogging et course de fond - Conseils et programme d'entrainement. Éditions Amphora, 1986, p. 231.
Origine : Français
Genre : Initiation à la course
Durée : 53 mn
Date de sortie : 2016

Qualité : Remux DVD (720x576)
Format : MKV
Langue :
Français
Débit Global : 5981 kb/s
Codec vidéo : MPEG2 à 5752 kb/s
Codec audio : Audio MP2 2.0 à 224 kb/s

Taille Documentaire : 2,22 Go
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